Marjorie Fenestre

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• Quelque parle •

La voix m’invite à fermer les yeux et à respirer profondément. Docile et volontaire je m’exécute. Inspirer, expirer. J’connais la chanson. Alors que mes poumons se gonflent d’air, mon cœur lui pulse la peur. Ma tête s’affole à mon insu. Mes neurones entrent en résistance. La thérapeute rattrape ma conscience, l’enveloppe de paroles rassurantes. Je perds progressivement le fil. Je ne comprends plus vraiment le sens des mots. La diction s’accélère dans une sorte de rap métaphysique dont elle seule a le secret. Chaque syllabe mitraille mon esprit pour le saturer. Dans un dernier éclair de lucidité, les paroles de la philosophe Marie Robert me reviennent. Plutôt que lâcher-prise, laisser venir.

Mes ondes cérébrales passent de montagnes russes chaotiques à une valse fluide et éthérée. J’entre dans le monde merveilleux du sommeil léger et de la relaxation profonde, “theta” pour les intimes. “Theta” sorte de tais-toi adressé aux ruminations de l’existence. Mettre sous silence une partie de soi pour en faire parler d’autres. Gratter sous la surface, plonger dans les abysses de l’intime.

Je suis ici et ailleurs. Je suis moi et une autre. Je suis ici pour dénouer des liens et en tisser de nouveaux.

La voix me guide dans les méandres de ma psyché. Je ne contrôle plus rien, c’est l’but. L’inconscient devient bavard lorsqu’il se balade dans une autre réalité. Malgré moi je suis propulsée dans un rêve récurrent. C’est assez rare pour m’ébranler et me questionner à chaque réveil. Ce cauchemar semble porter en lui une boussole, quelques bribes de réponses. Il m’agrippe, m’aspire, me supplie de le traverser. Il me dirige inlassablement dans cette maison, ma maison. Même si la boîte aux lettres affiche aujourd’hui un autre nom, elle sera toujours mienne. Parce qu’elle a pris vie dans l’imagination de mes parents, parce qu’elle a vu mon père y perdre la sienne. Elle abrite notre ADN, notre histoire. Mes nuits s’y promènent ponctuellement alors que mes jours refusent de lui rendre visite. Peut-être par peur de les croiser ? Eux, les infâmes propriétaires, les envahisseurs. Ils campent chacun de mes songes. Aujourd’hui ne fait pas exception. Ils entravent ma présence. Ils encombrent l’espace. Ils matérialisent la rupture. Dans la réalité comme dans mes rêves on cohabite. Ma colère se cogne contre les portes. Ma tristesse suinte à travers les murs. Mon aigreur hante toutes les pièces. Mon désespoir se déverse dans le sous-sol.

La voix égrène le décompte, il faut remonter. J’ouvre timidement les yeux, je reviens à moi. J’habite de nouveau mon corps. J’habite aussi une nouvelle vie, une nouvelle ville. Elle porte le prénom de mon père. Et ça, ce n’est pas une chimère.

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