Marjorie Fenestre

Temps de lecture : 26 minutes

• Viande froide & boudin noir •

Mathieu, la quarantaine approchante, aime laver ses mains et sa bagnole, astiquer le cuir de ses mocassins plus que son chibre, écouter Julien Doré et Arctic Monkeys, le tartare coupé au couteau et le vin nature. Un bon vivant qui flirte pourtant chaque jour avec la mort.

Son regard rond, insolent d’insouciance, scrute la moindre étincelle de vie à l’extérieur. Coller le bout de son nez contre la fenêtre lui procure la même excitation que le déballage d’un cadeau. La joie se tient prête à jaillir dans tout son corps à la vue d’un moineau ou d’une goutte de pluie qui viendrait troubler une flaque d’eau. Mathieu brave parfois les interdits dont celui de mettre ses mains curieuses sur la vitre. La frontière transparente qui donne sur le jardin est une zone protégée par tous les adultes. Tous, sa mère en tête. Peu importent les réprimandes, les traces de doigts sur les vitres, c’est l’empreinte de ses rêves et de tous les possibles.

D’une volonté moribonde, le corps largement imbibé d’alcool malgré les quelques heures de sommeil, Mathieu cherche à atteindre ses lunettes sur la table de nuit. Le napperon, sorte de toile d’araignée de dentelle bas de gamme, glisse sous ses doigts, précipitant une vague d’objets sur le sol dont une vieille édition du livre Les Conquérants de l’inutile. C’était moins une avant de faire tomber son flingue chargé à bloc !

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.